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 Add this item to the list   Russula nauseosa (Pers. ex Secr.) Fr.
   
Literature:
 
Page number:656 
Remarks (public):Melzer et Zvára ont les premiers distingué dans le groupe de nos Tenellae non fortement jaunissantes et à sporée jaune, deux espèces: R. nauseosa Fr., et R. lateritia Quél. Ces identifications sont d'ailleurs douteuses; Fries octroie en effet à la première (dont il est le créateur) une odeur et une saveur nauséeuses qu'elle est bien en peine d'avoir; toutefois, comme on ne connaît aucune Russule des résineux ayant ces caractères, il n'y a pas d'inconvénient majeur à retenir provisoirement cette détermination. En revanche, nous voyons, conformément à l'opinion de René Maire, dans la lateritia de Quélet, une Russule du groupe Turci, à cause de l'habitat et de la cuticule " pruineuse ", ce qui est le plus souvent l'indice d'un épicutis à hyphes primordiales incrustées. D'ailleurs, ultérieurement, Melzer a renoncé à ce nom en faveur de laricina Vel.
Les auteurs tchèques distinguent comme suit les deux champignons: nauseosa est la plus précoce des Russules; stipe blanc, quelquefois grisonnant dans la vieillesse, saveur souvent un peu âcre, spores "ochracées" (donc assez pâles dans le vocabulaire melzérien); lateritia-laricina vient sous les résineux; saveur douce, chair blanche, spores et lames jaunes, plus foncées.
Par la suite, Melzer semble d'ailleurs avoir modifié son point de vue, puisque dans son " Atlas Holubinek ", il synonymise laricina et nauseosa. Mais il peut s'agir d'une simplification s'expliquant en ce que cet ouvrage s'adresse visiblement à un public assez large d'amateurs non spécialisés. Des documents en notre possession, dont nous reparlerons plus loin, peuvent donner à penser que Melzer a simplement réduit laricina au rang de variété de nauseosa.
J. Schaeffer fait des distinctions identiques: lateritia-laricina se distinguerait en outre par les cannelures plus faibles, la cuticule plus mate, une gamme de colorations différentes (ce qui n'apparaît guère à la lecture de ses descriptions; si la planche en couleur de l'édition posthume est beaucoup plus rose, il s'agit d'une aquarelle non de Schaeffer lui-même, mais d'un collaborateur); microscopiquement, les cystides seraient plus sveltes, la spore qui mesure 9,5-10,5 x 8,5-9 µm, contre 8-11 x 7-9 µm à nauseosa, serait ponctuée ou courtement échinulée ou verruqueuse, le plus souvent courtement crêtée-zébrée, alors qu'elle serait plus fortement et autrement ornementée chez nauseosa (épines de 0,5-1- (1,5) µm, tantôt isolées, tantôt caténulées ou même réticulées-crêtées).
Mais Schaeffer a suivi une évolution semblable à celle de Melzer, puisque dans son JI'avail sur la révision des Russules de l'Herbier de Romell, il met en doute lui aussi la validité de la distinction. Il est donc étonnant que les éditeurs de la version posthume de sa " Russula-monographia "n'aient tenu aucun compte de ce changement d'opinion, et aient conservé le nom de lateritia, qu'il avait également abandonné en faveur de laricina Velo
Quant à Singer, il semble d'accord pour le fond avec les autres grands monographes des Russules, mais il a d'abord regardé lateritia-laricina comme Turci Bres. nec Maire, puis abietina Peck, pour se rallier ensuite à un nom plus récent de Pearson (R. cessans).
Personnellement, nous déterminons comme R. nauseosa ss. Cooke, une Russule fréquente dans les sapinières de montagnes, dès la fin du printemps. Ce qui nous avait amené à donner le nom de R. laricina Velen. à une autre nettement plus tardive, dont nous récoltions presque tous les ans quelques petits exemplaires dans la pinède de Coye-la-Forêt (Oise), et dont nous avons vu de fortes poussées en forêt de Fontainebleau. Elle se distingue bien de la nauseosa montagnarde par la spore à verrues obtuses et plus fortement crêtée-réticulée; la saveur nous a paru le plus souvent pratiquement douce; le pied grisonne à l'imbibition.
Il n'est pas tout à fait sûr que nous soyons sur ce point d'accord avec Melzer et Zvára; en effet, MM. Melzer et Pilat nous ont transmis des exsiccata provenant de Tchécoslovaquie, et nous avons parfois constaté un regrettable chassé-croisé dans les noms adoptés et les spores. Si bien que nous ne savons trop quoi penser; nous ne donnons ci-joints que les dessins sporaux des nauseosa qui s'accordent avec notre propre conception, négligeant les autres, peut-être déterminées sans contrôle microscopique.
Quant à J. Schaeffer, nous avons consulté seulement ses dessins, qui laissent perplexe, car les crêtes et réticulations ont à peu près la même importance dans la fig. 6 c (lateritia, n° 41) et 7 d (nauseosa, n° 39); mais comme il est également renvoyé pour nauseosa à la fig. 2 d (lutea), comme il se sert dans le texte du terme de "ponctué" pour lateritia, comme enfin il renvoie pour nauseosa à la figure que donne Lange sous le nom de chamaeleontina, ce qui nous satisfait beaucoup, sa conception semble cadrer avec la nôtre. Il semble en être de même pour celle de Singer.
Dans ces conditions, il est préférable d'abandonner le terme ambigu de laricina Vel. en faveur de celui, plus récent, de cessans Pearson. Il viendra certainement un jour où l'on sera contraint d'en faire autant pour celui de nauseosa, car Fries, comme nous l'avons rappelé, décrit sous ce nom un champignon ayant des caractères que ne possède pas notre espèce. Cependant tant qu'on n'aura pas redécrit une espèce pityophile ayant ces singulières particularités organoleptiques, nous jugeons inutile de procéder à ce nouveau changement.
Singer décrit quelques formes de nauseosa qu'il importe de rappeler ici. La f. albida paraît bien correspondre à des individus pâles ou albiniques, La var. atropurpurea Allesch., renommée, ensuite Allescheri par Singer lui-même, d'après un exsiccatum déterminé par lui lors de son séjour en France, doit être rapportée à une Urentinae à grandes spores, à longues verrues complètemec isolées: la saveur est très âcre.
Quant à la var. xanthophaea (Baud.) Singer, à chapeau brun, parfois un peu brouillé d'olivâtre, il se peut que ce soit effectivement une forme de nauseosa. Mais il ne nous semble pas qu'il puisse en être ainsi de la vraie R. xanthophaea Baud., à chapeau plus fauve (rappelant pectinata d'aprés l'auteur): le type, récolté en forêt de Montmorency en 1891, est perdu; l'exemplaire de l'herbic Boudier étudié par Singer, a été recueilli en forêt de Carnelle en 1895. Il s'accorde d'ailleurs assez bien avec le type, pour lequel Boudier signale des spores plus allongées qu'il n'est coutume chez les Russules, et des verrues denses. De fait, les spores, bien conservées, que nous avons étudiées (fig. 729), présentent les particularités suivantes: spores 8,5 x 6,7-7 µm, obovales, peu allongées, fortement spinuleuses-piquetées, à épines longuement coniques, atteignant 1,5 µm de haut assez aiguës, plutôt serrées, irrégulièrement implantées, nettement amyloides: appendice hililère 1,12-1,25 x 0,87-1,25 µm; tache supra-appendiculaire plus ou moins arrondie, 3,25-3,75 µm, nettement amyloides. On voit que le sporoide n'est pas tellement allongé d'une façon frappante. Toutefois. ces particularités ne nous autorisent pas à voir dans ce champignon une simple variété de nauseose: aucune de nos récoltes montagnardes, aucun de nos exsiccata et sporées tchèques ne montre de telles spores. N'était la saveur, notée comme presque douce, nous aurions catégoriquement conclu que xanthophaea est en réalité une Urentinae entrant dans le complexe cuprea, où ces spores sont monnaie courante; nous penchons fortement pour l'hypothèse qu'il s'agit bien d'une forme par accident peu âcre de ce complexe (voir plus loin aux Urentinae).
J. Schaeffer, dans l'édition posthume de sa Russula-Monographia, décrit ou figure séparement deux formes: une f. striatella (sans diagnose latine), remarquable par son chapeau très pâle, dans les tons ivoire selon la figure, avec tout au plus quelques traces de rougeâtre très délavées, donc assez semblable à la f. albida, mais remarquable par son chapeau cannelé jusqu'à la moitié du rayon; n'étaient les dermatocystides, J. Schaeffer l'eût volontiers rapportée à chamaeleontina-lutea. En second lieu, il figure une f. Schaefferiana (Niolle) J. Schaef., à chapeau violacé clair, qui parait représenter plutôt une forme grêle de cessans, sans qu'il soit toutefois possible d'assurer qu'elle ne soit pas en effet à rattacher à nauseosa comme le pensait cet auteur.
Lange enfin, qui figure notre nauseosa sous le nom de chamaeleontina (ce qui, si l'on se réfère aux textes friésiens n'a rien d'invraisemblable), distingue une var. fusca Lange, à chapeau plus brun et à lames plus pâles, qu'il est tout à fait impossible d'identifier, même approximativement, car on ignore tout de l'ornementation sporale et même de la composition de l'épicutis piléique, On pourrait penser à de petits individus de Turci, que, fait étrange, Lange semble ne pas connaitre.
Signalons enfin qu'il existerait aussi une nauseosa var. flavida Cooke, qui se caractérise par son chapeau jaune ou jaune verdâtre. Nous ne croyons pas l'avoir rencontrée.
 
Description type:Non-original description 
Description:Russula nauseosa (Pers. ex Secr.) Fr.
Chapeau 2,5-6,5 cm, d'abord convexe-hémisphérique, puis étalé et convexe-plan ou plan, puis se creusant largement au centre et finissant par devenir en soucoupe ou même en coupe peu profonde (mais au début obtus ou même parfois un peu bossu), à marge obtuse, d'abord lisse, puis plus ou moins longuement ou courtement cannelée-tuberculeuse, de colorations variable, oscillant entre le violet, le brun vineux et le vert olive: violacé, rouge vineux, pourpre, rougeâtre ou rosâtre vineux au bord ou presque en entier (K 56O; R XLIV, 69" ' k, anthracene purple; XXVII, 1" i, Hydrangea red, 5" k, Prussian red), ou brun rosâtre (R XL, 13" ' b, vinaceous fawn) brun violet (K 64 à 68), avec le milieu souvent plus foncé (R XIII, 3 ' m, diamine brown) ou brun olive sombre (R XV, 17' m, mummy brown), également presque totalement brun olive ou brun (R XL, 21 " ' j, entre citrine drab et deep olive), ou même avec des tons encore plus bruns (R XL, 17 " ' i ou j, buffy brown ou plus foncé; K 89 à 84), parfois aussi très pâle, par exemple olivâtre clair (K 167, 172 ou presque 168 au milieu), ou tout au moins avec des plages pâles ou olivâtres (K 153 C; R XL, 21" ', dark olive buff) ou une bande brune sur le pourtout (K 89); la littérature mentionne même des formes jaune vert; cuticule longuement séparable, visqueuse par la pluie, brillante et lisse, presque laquée par le sec.
Stipe 2-7,5 x 0,6-1,6 cm, fragile et même parfois flasque à la fin, de forme variable, rétréci en haut ou en bas, parfois comprimé ou franchement claviforme, devenant creux et se réduisant à son mince cortex, blanc, souvent taché de jaunâtre ou de brun jaune à la base, ne grisonnant pas nettement, plutôt bistré par imbibition; surface au début pruineuse, satinée-brillante, tantôt finement ridée, tantôt assez grossièrement rugueuse-scabre.
Chair mince et fragile, blanche, souvent localement jaunie ou avec des grumelots brun jaune, mais sans jaunissement caractérisé comme chez les Puellarinae. Odeur faible. Saveur douce ou peu marquée. Vive réaction à la teinture de Gaïac.
Lamelles serrées, puis plus ou moins espacées (parfois nettement à la fin), avec d'assez nom­breuses lamellules, mais fort peu de furcations, même près du stipe, presque libres, arrondies à l'insertion, ventrues, élargies et très obtuses en avant, larges de 3,5-10 mm, crème, puis jaune de beurre, avec reflets un peu orangés (R vers XV 17' d, warm buff, de flanc; de face avec reflets bien plus vifs, vers 17' b, antimony yellow), à arête entière et concolore, en général fortement interveinées.
Sporée jaune d'or clair, vers IV h.
Spores de taille variable, 7-10-(11,37) x 6,2-8 µm, obovales à elliptiques (les plus grosses). échinulées-spinuleuses, piquetées, à rares et fins connexifs sur la récolte de Melzer, à verrues plus ou moins étroitement coniques, atteignant 1-1,12 µm de haut, assez nombreuses, incomplète­ment amyloïdes; appendice hilifère 1-1,75 x 0,87-1,37 µm; tache supra-appendiculaire irrégulière, 3-4,25 µm, nettement amyloïde.
Basides assez volumineuses, 35-55 x (9)-10-13 µm.
Cystides en ogive, 55-70 environ x 8-12 µm, souvent prolongées par un appendice grêle, à réaction souvent peu intense à la SV.
Épicutis de petits poils grêles, obtus, souvent légèrement épaissis à peu de distance du sommet pour se rétrécir ensuite, larges de 2,5-3,7 µm environ, entremêlés de nombreuses dermatocystides souvent fortement claviformes, avec un pédoncule rétréci brusquement, également subcylindriques ou fusiformes-obtuses, de 4,2-8,5-(10,7) µm, cloisons plus ou moins rapprochées. Nous n'avons pu essayer le traitement à la fuchsine, mais n'avons aperçu aucune incrustation dans SV. Médiostrate à sphérocystes mesurant en moyenne 35-45 µm, séparé par quelques hyphes hymé­nopodiales assez nettes d'un sous-hyménium à éléments amples, assez arrondis, mesurant au moins 8-16 µm.
Habitat: Dans les aiguilles de Picea excelsa des régions plus ou moins montagneuses, en France essentiellement dans l'Est, Jura, Vosges, Alpes; sans doute aussi dans le Centre et les Pyrénées. Nous l'avons récoltée en septembre 1949 dans le Jura, et plus spécialement étudiée dans la Moyenne-Ardenne, en Belgique, en septembre 1956, oÀ¹ nous l'avons recueillie aussi bien dans la région calcaire que dans la région siliceuse. Elle serait aussi très commune en Europe centrale et orientale, dans les pays nordiques, etc. En revanche, elle manque dans les plaines de L'Europe occidentale, ou y est très rare. - Type: n° 56-207.
 
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