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 Add this item to the list   Russula integra (Linné) Fr. ss. R. Maire
   
Literature:
 
Page number:763 
Remarks (public):Il conviendrait qu'une étude approfondie de la répartition géographique de R. integra ss. Maire fût enfin entreprise, car il est hors de doute qu'on a abusé de ce nom, et que peu de données peuvent être considérées comme absolument sûres toutes les fois qu'on l'a signalée en plaine et surtout sous feuillus: c'est en effet une espèce caractéristique des sapinières ou plus exactement des pessières des régions plus ou moins montagneuses ou du moins d'Europe centrale et orientale.
Les anciens auteurs ne peuvent entrer en ligne de compte: Fries et Quélet la citent en effet comme ubiquiste; de toute évidence, ils en ont une conception très large, et même collective. Il est même douteux que notre Russule fasse partie de leur integra: Singer a très probablement raison quand il interprète l'integra de Fries comme une Paludosinae, ainsi que nous le préciserons ci-après.
A l'avenir, quand on déterminera comme integra ss. Maire une Russule recueillie hors de son habitat normal, soit en plaine, soit sous des arbres à feuilles caduques, il sera indispensable de vérifier: l'ornementation et la taille des spores (qui permettra d'éviter des confusions avec par exemple Romellii, curtipes, etc.); la composition de l'épicutis piléique avec ses dermatocystides, parfois plus ou moins incrustées, mais bien caractérisées; la réaction banale au phénol, qui élimine les Olivaceinae. On se méfiera de Carpini; qui présente à peu près les mêmes caractères essentiels qu'integra, mais jaunit beaucoup plus, et présente des formes fragiles ayant le port d'une Urentinae ou même d'une Tenellae, dont elle montre en outre les dermatocystides toujours sans incrustations, cylindriques et multicloisonnées.
Nous conserverons le nom d'integra pour cette Russule afin de ne pas bouleverser la nomenclature aujourd'hui à peu près universellement en usage, mais cette interprétation est extrêmement hasardée, disons-même invraisemblable: Fries renvoie pour elle à l'image de Linné, en précisant " pileus, margo, lamellae pallidae exactissime hanc nec ullam designant ", et il s'agit d'un champignon à chapeau rouge, teinte qlle n'a jamais l'integra de Maire; le maître suedois la trouve enfin " ubique ", et par dessus le marché, la classe dans un groupe caractérisé par des spores " ex albo citrinis " ou " laete citrinis ", avec decolorans et même puellaris, si bien qu'on ne comprend pas comment on a pli se servir d'un tel nom pour une Russule xanthosporêe, à chapeau jamais rouge, et d' habitat aussi caractéristique. En voulant retrouver la tradition friésienne par le canal de Romell, Maire a abouti ici à ce résultat paradoxal que, sur aucun point peut-être, la pensée du vieux maître suédois n'a été trahie de façon plus éclatante.
C'est pourquoi Singer était parfaitement fondé à remonter vraiment aux sources - et les seules sûres, en l'occurence, sont les textes mêmes de Fries, et pas autre chose, surtout pas les icones qu'il a pu tenter de déterminer - en se servant du binôme Russula integra pour Russula Velenovskyi; cette conception est sans aucun doute très restrictive, mais parfaitement légitime. On ne comprend pas pourquoi Singer, sur un point où il avait raison de façon aveuglante, n'a été suivi par rigoureusement aucun auteur contemporain. C'est la seule et unique raison pour laquelle nous ne nous sommes pas rallié ici à sa nomenclature: le courant nous semble impossible à remonter.
Singer a donc été obligé de modifier le nom de la R. integra de tous les auteurs modernes et il a proposé celui, très heureux, de polychroma. Cette création nous paraît cependant superflue, et nous en donnerons la raison en examinant maintenant les conceptions de Quélet sur notre espèce.
Pour celui-ci (Flore mycologique), R. integra est une espèce venant " dans les forêts ombragées de la plaine ", versicolore, très précoce, qui ressemble à alutacea. Les caractères olfactifs, qu'il attribue à la chair montrent qu'il y comprenait sa future melliolens, qu'il ne devait isoler et décrire que peu de temps avant sa mort; mais comme il indique une sporée ochracée, il est fort probable qu'il devait y faire entrer des espèces voisines telles que Velenovskyi, Romellii, etc. Or, il ne pouvait ignorer l'integra des conifêres, car c'est l'une des Russules les plus répandues dans la région d'Hérimoncourt et de Montbéliard, ainsi que nous avons pu le constater de nos yeux lors de la Session générale de la Société mycologique de France en 1946. Sous quel nom cette espèce se cache-t-elle donc dans la Flore mycologique ? Il apparaît qu'il ne peut s'agir que de son integra var. fusca (décrite comme espèce en 1886), comme R. Maire et Velenovsky l'ont d'ailleurs bien vu; cette dernière vient en effet " dans les forêts montagneuses de conifères, Jura, Vosges, Pyrénées ", et il la dit affine à integra, mais ressemblant à badia. Or, nous avons fait l'expérience que, dans cette région où badia et integra poussent côte à côte, il est souvent très difficile de les distinguer à l'Âœil, et il faut les goûter ou vérifier l'odeur résineuse que dégage en général l'hyménium de la première.
Si cette synonymie n'a pas été à ce jour universellement admise, malgré son évidence, c'est parce que la diagnose de Quélet contient une indication qui, au premier abord, semble exclure catégoriquement integra: c' est la sporée " blanc crème "; c'est pourquoi certains, comme Josserand, Ont pu la synonymiser avec mustelina, et d'autres, comme Melzer et Zvara, en faire une variété brune de xerampelina, toutes deux à sporée pâle ou du moins non jaune. Mais, quand on y regarde de plus près, on ne peut que constater l'imprécision très grande des notations de Quélet dans la couleur des spores: ainsi lepida, à sporée très pâle, se voit attribuer une sporée " blanc crème " comme sanguinea, qui l'a bien plus foncée; la sporée de badia, espèce dont l'interprétation est très claire, est donnée comme " citrine ", exactement comme aurata et maculata, malgré une différence sensible dans la teinte: et nous avons vu que Quélet confondait, dans son integra, melliolens, pallidosporée, Velenovskyi, ochrosporée, et même probablement Romellii, xanthosporée. De plus, il a placé sa fusca dans la section des Xanthosporées, définies par " lamelles et sporées jaunes ", et la couleur qu'il prête à sa sporée est démentie, à l'intérieur même de la diagnose, par les lames " blanc de lait, puis crème ochracé, jaune de cire ", ce qui laisse supposer une sporée colorée. A notre avis, comme on n'attribuait pas au temps de Quélet une importante aussi grande qu'aujourd'hui à ce caractère, il n'a pas été noté avec beaucoup de soin par le maitre d'Hérimoncourt, et il ne faut pas pas s'étonner que celui-ci ait pu commettre dans ce domaine des erreurs parfois considérables, d'autant plus, comme nous l'avons dit, qu'il semble avoir observé ses ses sporées sur lame de verre.
Du reste, les mycologues jurassiens qui ont recueilli sa tradition, dans la région même d'Hérimoncourt, nous ont déclaré qu'ils déterminaient encore aujourd'hui comme fusca les formes foncées d'integra. Enfin, un autre moyen permet de s'en convaincre: dans l'Atlas de Cooke, annoté de la main de Quélet, celui-ci avait reconnu (quoique parfois avec un ?) sa fusca dans les planches 1093 ( 1037), 1095 (1064) (comme forme petite) et 1097 (1049); or il s'agit d'espèces xanthosporées, et même la planche 1093 (1037) est rapportée par tous les auteurs à integra, dont c'est en effet une bonne figure. C'est pourquoi, si l'on se décide à renoncer pour cette Russule au nom manifestement erroné d'integra, il conviendra de choisir celui de R. fusca Quélet.
 
Description type:Non-original description 
Description:Russula integra (Linné) Fr. ss. R. Maire
Chapeau (3)-5-10-(12) cm, épais, dur et charnu, d'abord subglobuleux, puis convexe surbaissé, enfin étalé (convexe plan à plan) et souvent un peu bosselé-irrégulier, finalement parfois en sou­coupe, avec quelquefois au début un soupçon d'ombilic, plus tard restant plus ou moins déprimé, mais en général largement et superficiellement, à marge non enroulée et même donnant l'impression de s'interrompre assez brusquement (on aperçoit les lamelles de l'extérieur), lisse, puis plus ou moins obscurément et souvent courtement cannelée-tuberculeuse, versicolore, mais toujours plus ou moins brun (f. type integra = fusca Quél.); brun jaune avec des marbrures plus foncées ou des plages olivâtres, souvent aussi brun pourpre (K 4, 5, 34, 43; R XIII, 5' m, Hessian brown au centre, ou 3' k, mader brown à XXVII, 5" k, Prussian red au bord), brun palissandre (K 79/104,55) avec de l'ochracé ou de l'olivâtre au milieu qui peut être brusquement décoloré (K 103 D), parfois aussi brun olive (K 153, 154) ou vert (R XXX, 21" j, entre écru olive et buffy olive), le bord étant plus brun (K 130, 135; R XXIX, 17" k à m, Saccardo's umber à sépia) et avec des macules plus foncées ou des taches jaunâtres brusquement délimitées; cuticule séparable sur ¼ à ½ du rayon, plus rarement jusqu'au delà de la moitié, humide visqueuse, lisse et brillante, devenant finement chagrinée sous la loupe, parfois érodée par places, les blessures tendant souvent à rougir.
Stipe dur ou ferme, (3)-4-7,5-(9) x 1-2,5-(3,5) cm, subégal ou progressivement épaissi vers la base et atténué en haut avant de s'évaser légèrement, plein, puis différenciant une portion médullaire charnue, blanc, se maculant de bonne heure de brun, de brun sale ou de brun rouillé; surface au début très lisse, presque satinée, légèrement marbrée-ridée de grisâtre sur fond blanc, puis devenant plus ou moins ruguleuse ou à la fin franchement et irrégulièrement bosselée.
Chair dure et ferme, blanche, ou tendant légèrement à jaunir en surface, souvent vineuse sous la cuticule (aux endroits oÀ¹ elle est pourpre); odeur très faible (quelquefois fugitive d'iodoforme à la coupe sur fond fruité banal), évoluant parfois à celle du miel sur les vieux sujets; saveur douce de noisette, agréable.
Lamelles serrées, puis assez espacées ou presque espacées à la fin, assez épaisses, avec quelques lamellules et d'assez fréquentes furcations sur le pied et jusqu'à mi-hauteur, atténuées-libres ou arondies à l'insertion, très obtuses et élargies en avant, larges (7-13 mm), longtemps d'un blanc de lait, puis devenant d'un jaune de beurre clair et mat (échelon 8 de Crawshay), à la fin seulement d'un jaune intense, avec l'arête entière et un peu plus blanche (ce qui provoque un reflet blanc sur l'hyménium, comme du reste chez beaucoup de Russules), fortement et grossièrement interveinées.
Sporée jaune (IV c), rarement un peu plus ou un peu moins.
Spores (7,7)-8,2-10-11 x 7-9,2 µm, obovales à arrondies, piquetées spinuleuses, à épines plus ou moins fortes, rarement vaguement réunies, pouvant présenter parfois aussi quelques verrues, les ornements mesurant 0,75-1,75 x 0,5-0,75 µm à la base et étant assez nombreux, coniques, plus ou moins grêles et parfois arqués, souvent incomplètement ou peu amyloïdes; appendice hili­fère gros, conique, obtus, 1,5-2 x 1,5-2 µm; tache supra-appendiculaire fortement amy1oïde à assez amyloïde, ample, large de 4 µm.
Basides (40)-45-65 x (10)-14,5 µm.
Cystides en cigare, (60)-82-120-(160) x (7)-8,5-13 µm, obtuses ou quelquefois à court et fin appendice (rarement à deux appendices), emplies de petites granulations noircissantes en SV dans la moitié ou les deux tiers supérieurs. [page763]
Cuticule épaisse et serrée d'hyphes grêles, cylindracées, émettant un épicutis de poils grêles, larges de 2,2-4 µm, à articles longs, le terminal effilé, atténué progressivement en une mince portion un peu flexueuse; quelques éléments plus épais, assez nettement incrustées, passent à une hyphe primordiale atténuée au bout, mais sont toujours rares; dermatocystides polymorphes, les unes cylindriques, d'une longueur considérable, les autres plus ou moins claviformes, larges de 4-7 µm, rarement jusqu'à 10 µm quand elles sont claviformes, à corps noircissants en SBA et grisonnants en SV, Le traitement à la fuchsine fait apparaître de nombreuses gouttelettes rouges suintam de leur paroi et de celle de certains poils ou hyphes primordiales; les exsiccata en bon état laissent apparaître sur ces articles des traces d'incrustations en SV, mais elles sont incolores ou d'un rose pâle, peut-être par réflexion du contenu. Cet exsudat est sans doute inconstant, car nous ne l'avions pas remarqué dans nos récoltes antérieures du Jura. Pigment vacuolaire, se solidifiant souven: en corpuscules pourprés, figés.
Habitat: La plus répandue des Russules dans les forêts de Picea et d'Abies des montagnes calcaires, dans la zone subalpine (mais aussi beaucoup plus bas dans l'Est de la France). On l'a signalée dans toute l'Europe, à tort ou à raison.
 
Taxon name: